De Puerto Youngay à Puerto Chacabuco

De Puerto Youngay à Puerto Chacabuco

De là, nous reprenons la route et nous souffrons. Il ne fait pas chaud, la piste est mauvaise, il pleut beaucoup, nous devons pousser les vélos, le moral tombe dans les chaussettes.


Nous arrivons de nuit et épuisés à Calleta Tortel, un magnifique petit village de la Carretera. La route n'y vient que depuis quelques années, avant l'accès n'était possible qu'en bateau par le fleuve. Du coup il n'y a pas de rues dans le village mais d'ingenieuses passerelles en bois qui relient les maisons les unes aux autres. Il paraît que le prince William himself est venu travailler sur ces passerelles, la famille royale considerant que Caleta était l'un des rares endroits au monde ou personne ne le reconnaitrait.

Ici le business, c'est le cyprès. Ces arbres mettent des centaines d'années à pousser dans des conditions climatiques difficiles. Leur bois est incroyablement dur et lourd. Il suffit de soupeser une bûche pour s'en convaincre. Comme c'est un peu dommage de couper un arbre pluri-centenaire pour le mettre dans un poêle, le gouvernement essaye de faire changer les habitudes. Apparement ce n'est pas facile au vu des piles de cyprès que tout le monde a devant sa maison.

Decouragés par une pluie diluvienne, nous décidons de tricher et de rejoindre Cochrane en stop. Nous mettons avec un peu d'anxiété les 4 vélos (les 2 notres + ceux d'Adeline et Ben) entassés les uns sur les autres dans un pick up et fonçons jusqu'à la ville, 100 km plus loin.


A Cochranne, coup de chance, nous arrivons pour la compétition de rodéo annuelle. Le rodéo chilien est un peu particulier, il se joue à 2 cavaliers qui doivent faire faire à un veau au bord de la crise cardiaque un trajet bien précis. C'est assez subtil : il faut y aller franco pour que le veau se sente en danger et fasse ce qu'on attend de lui, mais sans le blesser ni l'épuiser, sinon il se couche et là on perd des points.


Énormes éperons et tenues traditionnelles sont au rendez-vous, les papas participent avec leurs fistons, chaque action spectaculaire est accueillie par la foule avec joie... On a apprécié le spectacle. Sûrement plus que les veaux !

De Cochrane, nous réenfourchons nos vélos pour continuer la Carretera. Le ciel est bien bleu et nous découvrons que les montagnes tout autour de nous sont maintenant enneigées ! Cela nous motive d'autant plus pour rejoindre le Nord rapidement : il manquerait plus qu'on doive chaîner !


Les 3 jours qui suivent sont parfaits : il fait beau et les paysages que nous traversons sont magiques. Les lacs sont bleus, les montagnes sont blanches et nous trouvons quelques endroits de camping paradisiaques. Le soir, c'est feu obligatoire car la température chute très vite, Adeline et moi jouons un peu de guitare et nous mangeons gaiement nos 400g de pâtes-sauce tomate-parmesan. Les grands soirs, il y a même fabrication de pain maison avec cuisson sur pierre près du feu. Quelle classe !

Un matin nous nous reveillons et trouvons le temps un poil frais, malgré les duvets et tous les vêtements que nous avions gardés sur nous. Température à 8h : - 2 degrés !

Qui est volontaire pour une toilette matinale à l'eau froide ?? Bof bof. De toutes les façons quand il fait froid on ne sent pas mauvais hein ?



Puis le temps redevient pluvieux. Un soir, nous cherchons un endroit pour camper et repérons un champ rempli de bois sec. De quoi faire un super feu facilement. Mais il y a une maison juste en face. Je vais frapper pour demander l'autorisation de planter la tente.

Ouvre un petit bonhomme qui a l'air de sortir du lit (il est 18h...), qui a aussi l'air d'être rond comme un ballon et qui marmone des choses à peine comprehensibles.

Pfffff...me dis-je.
Je jette un petit coup d'oeil a Adeline qui est juste derrière moi.
Pfffff...se dit-elle.

Nous ne sommes pas emballés par cette rencontre, surtout que Antonio veut qu'on dorme à côté de sa maison et non pas dans le champ en face. Parce que...on n'a pas vraiment compris pourquoi.
Mais il ne se laisse pas démonter et chancelant nous montre un endroit où mettre nos tentes.

Puis il nous dit que nous pouvons faire un feu et part en zigzag aux quatre coins de son jardin nous chercher des bûches énormes. Il disparaît 5 minutes et revient avec 2 bidons en plastiques et un grand carré d'une sorte de moquette.

Nous le regardons faire avec de grands yeux, étonnés par tout ce que ce petit bonhomme fait pour nous. Il met le feu a la moquette, met les 2 bidons en plastiques dessus, une belle brassée de paille et 3 bûches. Rangez vos misérables brindilles et vos pages de Routard dechirées, voilà comment on allume feu à la Chilienne ! Ça fait une fumée a asphyxier une vache, mais en 2 minutes nous avons un feu de compétition.



Puis il nous invite à goûter et semble se délecter de notre présence : il nous dit aimer "faire la conversation". C'est l'interieur de sa maison que l'on peut voir sur la photo au-dessus. Quelle drôle de rencontre... Une fois de plus, nous offrons une précieuse tablette de chocolat à notre hôte. Arriverons nous un jour à en manger une ?



La route continue et le gravier se transforme en un doux bitume qui nous donne l'impression de voler. Nous gravissons un joli col à 1100m. Nous déjeunons en haut au soleil. Soudain le temps change et il se met à neiger ! La descente est gelée : si nous avions pu sentir nos mains, nous aurions sûrement eu froid.

C'est ainsi que nous arrivons à Coyhaique, "Capitale de la Patagonie" selon le panneau à l'entrée de la ville. Encore une declaration qui va sûrement plaire aux Argentins...

Au petit déjeuner, à l'auberge on nous passe à fond la VHS d'un concret de Los reales de Plata, les stars de la Cueca, la musique nationale.
Au bout de quelques chansons, nous avons eu notre dose et vu que nous sommes les seuls, je vais discrètement éteindre le son. Taratata ! La patronne arrive et le remet à fond "Sans le son on entend rien !".

On vous le fait pas dire...



On nous a prévenu, au Nord de Coyhaique, le micro climat s'arrête, il pleut 3 fois plus. Et vu qu'il pleut déjà beaucoup, nous décidons de partir pédaler "au soleil". L'île de Chiloe est réputée pour son climat doux. Et vu qu'elle n'est qu'à une trentaine d'heures de bateau et qu'on adore le bateau (ah ah !) ... Nous reprenons la route en direction de Puerto Chacabuco.

Fin de la Carretera Australe.

De Puerto Natales à Puerto YungayLa Nouvelle-Zelande à vélo

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