La suite (enfin !)
Saturday, March 28, 2009 6:06:26 PM
Nous parlons avec eux toute la soirée de voyages et de beaucoup d'autres choses. Ils nous font entre autres rêver en nous racontant leur rencontre avec des lions de mer sur la plage de Surrat Bay à la pointe sud de la Nouvelle-Zelande. Il faut dire que Yahel les mime très bien...Le lendemain matin, nous mettons les voiles vers midi (comme souvent) et prenons la route du Sud.
Nous y rencontrons Mireille et Gilles, deux Francais à vélo. Gilles est un gros pédaleur puisque ça fait 10 ans qu'il visite le monde sur 2 roues en ne travaillant que quelques mois par an. Son secret : il coupe des sapins en Norvège 2 mois par an pour Noël, ce qui est apparement très bien payé. En plus de cela, il va avec ses collègues 3 fois par semaine faire ses courses dans les poubelles des super marchés. Apparement là bas c'est interdit, du coup personne ne le fait et ils y trouvent des merveilles. Ah bon...
C'est sûrement à mettre en parallèle avec ce que nous avons lu dernièrement : en Europe, un quart (!) de la nourriture produite part à la poubelle. Gilles nous apprend également qu'en France, les supermarchés mettent des grilles à leurs poubelles ou bien passent tout les produits à l'eau de javel avant de les jeter pour les rendre inconsommables.
Arrivés à Queenstown, nous prenons pour traverser le lac un authentique bateau à charbon, en service depuis 1912. Consommation : 1 tonne de charbon par heure. Ça veut dire que le bonhomme en face de la chaudière n'arrête pas de jouer de la pelle pour garder le monstre bien nourri. La salle des machines est impressionante. Nous attendent de l'autre côté du lac 100 km de pédalage sympa sur une route de gravier très peu fréquentée. Nous dormons sur une plage de sable fin au bord du lac Mavora et arrivons 2 jours plus tard a Te Anau, parfois aidés, parfois martyrisés par un vent à décorner les boeufs.
Petit détail étonnant, c'est à ce moment que pendant toute une journée nous avons eu un soleil orange qui donnait aux paysages une teinte dorée, genre coucher de soleil au milieu de l'après-midi. Nous avons appris plus tard que ce phénomène était dû aux grands feux de forêts australiens, qui bien qu'à plusieurs milliers de kilomètres, envoyaient tellement de particules dans l'air qu'elles coloraient la lumière jusqu'ici.
De là, nous abandonnons nos vélos pour aller faire un tour à Milford Sound, LE RDV à touristes de l'île. Et comme la route se prête peu au cyclisme, nous faisons du stop. Sous la pluie. Beaucoup de pluie. Dans la région, il tombe 8 mètres de pluie par an, et ça se sent tout de suite. La route est magnifique (surtout à l'abris dans une voiture...) , les cascades qui tombent des montagnes abruptes sont énormes et inombrables. Nous rencontrons le perroquet alpin de Nouvelle Zelande, le Kea. Vu sa tête, il avait dû oublier son Kway.
A Milford Sound, il fait un temps affreux, au point qu'on n'apercoit même pas les montagnes qui nous entourent. C'est malheureusement ça qu'il y a à voir. Nous déjeunons sur le seul mètre carré public sec de la zone : une station service désaffectée où les bataillons de sandflies ne tardent pas à nous repérer. Heureusement, les nuages se lèvent (un peu) et nous apercevons enfin Milford Sound, ses cascades, ses pics... Bon, on n'est pas venu pour rien. Nous cherchons donc à rentrer à Te Anau, mais nous avons mal calculé notre coup : il n'y a plus grand monde et les gens qui restent comptent tous passer la nuit ici. Au moment ou notre moral tombait au dessous du niveau de la flotte dans nos chaussures (1 cm ?), un couple d'Anglais se dirige vers leur voiture. Nous ne leur laissons aucune chance en attrapant l'oiseau au moment où il est le plus vulnérable : lorsqu'il ouvre ses ailes.
- Bonjour Monsieur du Corbeau
Que vous êtes joli, allez-vous à Te Anau ?
Sans mentir, si notre mouillage se ramène dans votre garage, vous êtes le phénix des hôtes de cet endroit.
A ces mots, l'Anglais n'a plus le choix. Il ouvre une large porte, nous laisse entrer fous de joie.
Ces Anglais sont forts sympathiques. Ils se plaignent bien sûr de la chute de la Livre comme tous les Anglais que nous croisons.. Sauf qu'après bientôt 6 mois passés au grand air et sur le vélo, j'ai un peu perdu l'habitude des voitures et je suis malade. Quand tout vert je leur demande de ralentir un peu, ils semblent ne pas comprendre pourquoi. Quand je leur dis qu'ils ont 10 secondes pour arrêter leur voiture avant la catastrophe, le message passe mieux... du coup, c'est le mari qui s'est fait engueuler de conduire trop vite par sa femme et qui a dû rouler jusqu'à Te Anau à 50km/h. Heureusement qu'ils étaient vraiment gentils.
Après cette dure journée, nous rentrons trempés au camping où nous decidons de prendre une chambre pour pouvoir faire sécher les affaires. Nous suspendons tout là où nous trouvons de la place et partons dîner dans la cuisine.
20 minutes plus tard, quelqu'un vient et nous tient ce discours quelque peu alarmiste :
- vous êtes chambre 39 ?
- oui
- elle est en feu.
Nous fonçons donc vers notre chambre où nous sommes acueillis par une sale odeur de fumée et un employé pas très content. Mon sac de couchage en duvet avait pris feu au contact d'une ampoule et il est foutu. Et puis il sent plutôt bizarre. Nous terminons donc cette dure journée d'une humeur maussade dans notre chambre qui sent le canard brûlé.
Le lendemain nous partons vers le sud dans l'espoir de voir les fameux lions de mer mimés par Yahel. Et puis quitte à traverser toute l'île sud depuis Picton, autant le faire jusqu'au bout. Et très vite il se met à faire très froid. Nous nous achetons donc des bonnets en poil de possum, une spécialité locale. Ces petites bêtes importées d'Australie sont si nombreuses en Nouvelle-Zelande (environ 50 millions paraît-il) que les Neozelandais ne savent plus quoi en faire. En pratique, ils les empoisonnent, en font des tartes et des bonnets. Il faut dire qu'elles ont le poil très doux et, comme les ours polaires, creux. Donc très chaud.
Nous arrivons ainsi coiffés à Curio Bay oú la chance nous sourit : nous y observons des pinguins aux yeux jaunes. Nous voyons les parents rentrer du boulot et nourir les petiots qui passent la journée sur le rivage. Plutôt cool.
Puis nous partons à la rencontre des lions de mer. Encore une fois la chance nous sourit et nous tombons à Surrat Bay sur une famille entière en train de bronzer sur la plage. Les bestioles sont assez impressionantes, entre 350 et 500kg pour les mâles et entre 150 et 250kg pour les dames. Nous restons donc à quelques bons mètres, surtout que malgre leur poids et leur absence de jambes dignes de ce nom, ces lions sont étonnement vifs. Occupations principales : dormir, bronzer et jouer à se bastonner. Nous observons même le petit bébé trognon en train de téter sa maman ! Bon, ca valait bien le coup de pédale jusque ici.
Et c'est à peu près là que pedalistiquement parlant, notre voyage en Nouvelle-Zelande s'est arrêté. Nous sommes à Balclutha, tout au sud de l'île du sud et notre avion part d'Auckland, au nord de l'île du nord. Si ça c'est pas de l'Organisation ?
Nous remontons donc jusqu'à Christchurch oú nous ne perdons pas notre temps. Nous rachetons un sac de couchage et nous faisons réparer notre réchaud Primus dont le tuyau s'était percé. Chapeau à Primus : sans facture, on nous a changé la pièce défectueuse gratuitement. Second tirage de chapeau, cette fois à Mountain Hard Wear. Nous n'étions pas du tout contents de l'étanchéité de notre tente tunnel Spear 2 GT. On nous l'a echangée contre un autre modèle (Skyledge 3) gratuitement aussi, alors que nous l'avions déjà utilisée pendant 6 mois.
Puis nous sommes passés à Wellington chez nos amis rencontrés en rando : la famille Bloomfield. Nous avons passé 2 jours chez eux, principalement à faire des batailles d'eau et des avions en papier avec les enfants. Mais le temps presse, nous remontons donc en bus jusqu'à Wai O Tapu, la fameuse réserve thermale. C'est de là que viennent les jolies photos de notre album.
Et nous voilà à Auckland, à attendre notre vol. Nous rencontrons à notre arrivée 2 Français pédaleurs, Thibaut et Matthieu. Petit détail rigolo, ceux-ci sont partis de France quasiment en même temps que nous, mais vers l'Ouest. Et nous nous rencontrons 6 mois plus tard à l'autre bout du monde, chacun ayant fait une moitié du chemin. Moins drôle par contre, il leur arrive le cauchemar de tout cyclotouriste, et de tout voyageur en général : leurs sacoches ont disparu lors de leur dernier vol. Ils doivent donc la mort dans l'âme racheter la moitié de leur matériel...
Puis le grand jour arrive, celui du départ vers le Chili. Après 3 mois passés en Australie et Nouvelle-Zelande, l'excitation de l'inconnu nous reprend. On demonte les vélos comme nous savons à présent si bien le faire, on emballe le tout et ... PATAGONIE NOUS VOICI !!!







