Patagonie chilienne : de Punta Arenas à Puerto Natales

Nous sommes arrivés sans embages à l'aéroport de Punta Arenas. Sortis de l'avion, nous avons mis tout notre bardas dans un minibus (prononcer "minibous"), et avons pris la direction du centre ville.


Installés dans une petite auberge (Il Conventillo), nous avons préparé notre périple chilien. Francis a remonté les vélos dehors, c'est a dire dans un vent et un froid glacial : bienvenue en Patagonie.
Moi, je suis allée faire les courses. Ici, on ne trouve pas de Weetabix, pas de miel, pas de Corned beef. Le rayon pain est très différent de ceux auxquels nous nous étions habitués en Australie et en Nouvelle-Zélande : il n'y a que 2 sortes de pain industriel, plein de pain blanc aux formes variées, et des énormes gâteaux pleins de crème. Il faut s'adapter. Nous avons demandé où était le white spirit, le vendeur nous a d'abord montré le rayon des boissons énergisantes (Red Bull...) puis celui des spiritueux en en cherchant un blanc, pour finir par celui des colles. Nous voulions nettoyer notre réchaud, il est resté encrassé.

En ce qui concerne la gastronomie locale, nous nous sommes vite rendu compte que le plat national est le "pollo con arroz", ou riz au poulet. Ça, ça se trouve partout, et tout le monde comprend. C'est pas vraiment gastronomique, mais c'est pas cher et ça se mange bien.
Voila maintenant une bonne adresse à Punta Arenas : la Luna, où le poisson est excellent, dans un cadre et une ambiance très sympas. Après le diner, nous nous promettons une fois de plus de nous coucher tôt, et de partir tôt le lendemain matin.

Mais le soir venu, nous discutons avec un jeune dentiste chilien moustachu (qui a été expédié à Provenir en Terre de feu parce que personne ne veut y aller) et avec un joueur de squash. Ce dernier a la peau blanche et les cheveux et la moustache blonds comme les blés. Nous lui demandons d'où il vient. - "du Chili. Je sais, c'est bizarre : mes parents sont chiliens, je suis 100% Chilien. J'ai juste un grand père d'origine espagnole." Ceci n'expliquant pas vraiment cela, nous l'avons rebaptisé "le fils illégitime du surfeur australien".


Le lendemain matin, Francis est malade. Nous partons tout de même vers midi à l'assaut de la Patagonie. Nos montures fraîchement graissées filent malgré le vent de face. Sur une piste, nous découvrons la faune locale : des nandus a foison (sortes d'autruches), nombre de gros oiseaux volants non identifiés (OVNI), des guanacos (le guanaco est une sorte de lama local et contrairement à ce dernier, il est sauvage) et d'autres gazelles au long cou.


Le 2e soir, nous plantons notre nouvelle tente sur le bord de la route, et c'est notre baptême du vent : la toile de la tente claque et fait tellement de bruit qu'il est difficile de dormir. Nous découvrons également que les duvets soit-disant confort -1* sont tout juste assez chauds quand il fait 3* dans la tente. Nous nous adaptons à cette nouvelle donne climatique.

Le lendemain, le vent forcit encore. A l'heure du déjeuner, il se met en plus à pleuvoir et nous ne trouvons pas d'abris. Il faut dire que le paysage ressemble a une vaste plaine occupée uniquement par des oiseaux et des moutons. Nous devons donc monter la tente pour dejeuner à l'abris.

Le soir, comme la journée a été dure, nous voulons dormir à l'abris dans une auberge. Pensant que "estancia" signifie ferme auberge, nous entrons dans une estancia à la recherche d'un maître d'hôtel. Nous faisons le tour des bâtiments et personne ne répond. Finalement, un vieux monsieur sort de sa maison et nous demande ce qu'on veut. Quelle question ?! -"dormir." Il nous montre une maison avec une grande salle de style salle des fêtes, mais manifestement sans douche ou WC. Puis une maison dont il n'a pas les clés : il essaye d'ouvrir la porte d'abord avec un bout de bois puis avec un fil de fer. Comme il n'y arrive pas, on lui dit que la salle des fêtes fera l'affaire, et on lui demande combien ça coûte. Et lui de répondre : "mais rien. C'est pas pour les touristes ici". En fait "estancia" signifie "ferme" et non "auberge" comme nous le pensions ! Nous nous sentons un peu genés d'avoir debarqué chez lui comme ça, mais ça n'a pas eu l'air de l'étonner. Il nous invite pour le petit dejeuner à boire du café et manger du pain et du jambon. Nous nous laissons faire et sommes bien contents de manger autre chose que de l'avoine bouillie, comme nous le faisons depuis 3 jours. Le fermier qui nous acceuille, Haro (71 ans) nous explique qu'il est en train de tondre ses moutons avec son fils. Ca leur prend 4 mois par an, tous les ans !


Heureusement que nous avons pris des forces, car un vent de folie nous attend. Les rafales peuvent atteindre 130km/h, dixit Haro. Il paraît qu'avec des vélos couchés, c'est plus facile. C'est possible car nous arrivons à pédaler à 6km/h en poussant comme des forcenés quand le vent est plein face, tandis que les vélos droits se font parfois arrêter dans les rafales. Chaque kilomètre nous paraît une épreuve. Nous profitons des abribus aux toits bleus (apparement très connus dans le monde des cyclotouristes) pour faire des pauses régulières en buvant du thé de la thermos que j'ai achetée à Punta Arenas pour 2400 pesos (4,5€). Dans un de ces abribus, situé au sommet d'une petite colline, le vent a cassé les fenêtres du côté nord.

Après 32 km pédalés face à ce vent furieux, nous faisons une petite pause goûter dans le seul hôtel du coin : nous mangeons un "bife a la pobre" (le steak du pauvre), c'est à dire un
steak, avec des oeufs dessus, des oignons frits et des frites. Revigorés, nous repartons sous la pluie.





Le soir, nous trouvons un petit coin dans les arbres, après plus de 100 km de plaine et de broussailles. La tente est bien protegée du vent et nous dormons comme des petits loirs.





Aujourd'hui, miracle : pas de vent ! Francis rentre juste d'un petit aller-retour pour récupérer le dérive chaîne qu'il avait laissé sur le bord de la route après avoir re-reglé ses freins, et nous repartons. Nous arrivons à Puerto Natales sous le soleil après une belle descente : ça fait du bien d'avoir une belle journée facile !

La Nouvelle-ZelandeSantiago

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