Archive: March 2009

Puerto Natales et Torres del Paine


Arrivés a Puerto Natales, nous recherchons RastaBill et son auberge, nommée Erratic Rock (terme qui se rapporte aux rochers transportés par les glaciers sur des kilomètres, et qui se retrouvent donc loin de leur origine). En effet la cousine de Francis, Caroline, et son mari, Todd, nous ont envoyé un mail 2 jours avant, nous disant qu'ils ont un ami à Torres del Paine : RastaBill.

Nous lui avons bien envoyé un mail le prévenant de notre arrivée, mais nous ne savons pas trop à quoi nous attendre. Ce "Rastabill" va-t-il nous donner quelques vagues infos ou va-t-il nous acceuillir à bras ouverts ? Mystère.

Nous découvrons un Bill adorable, un bon gringo qui n'a plus vraiment de rastas, mais une casquette et une grosse moustache. Il paraît qu'on n'obtient pas de carte d'identité sans au Chili. Il nous acceuille immédiatement dans sa nouvelle maison, qu'il est en train de rénover pour que son frère Paul ouvre un bar. Il n'y a donc encore ni 'électricité ni chauffage mais nous sommes à l'abris des intempéries patagoniennes.

Quand nous lui demandons conseil sur les randonnées à faire dans le parc de Torres del Paine, Bill (qui est aussi guide de moyenne montagne) nous dit qu'il va partir marcher le lendemain pour 5 jours avec son frère et que nous sommes les bienvenus. Et qu'il y a une soirée le soir même à laquelle nous sommes conviés !

En une petite après midi nous préparons nos sacs de rando et cherchons quelque chose à apporter à la soirée. Francis se charge des courses, tandis que je prépare une quiche et un gâteau au chocolat.

Le soir, nous dégustons un agneau entier qui cuit au feu de bois dans la cour et rencontrons un couple de Suisses qui voyagent avec leur fils de 5 ans depuis 2 ans et demi. En tout, ils ont déjà pédalé pendant 5 ans et avec les vélos et les bagages, ils portent entre 100 et 110 kg chacun. Avec nos 42 kg, nous sommes des plumes ! Ils souhaitent continuer autant que possible, avec comme prochaine étape la Nouvelle Zelande.


Le lendemain matin, nous prenons avec Paul et Bill le bus de 7h30. Une fois arrivés dans le parc de Torres del Paine, nous commencons le célèbre circuit "W". 5 jours de rando sous le soleil (ce qui est apparement rarissime), dont les points d'orgue sont le glacier Grey, la vallée du Francais et son magnifique cirque de Cuernos (montagnes bicolores, du fait de la roche sédimentaire noire qui a été soulevée par une poussée volcanique de granite blanc-beige), pour finir par les célèbres "Torres".


Au fil de la marche, nous apprenons par Bill plein de détails sur la montagne, la faune et la flore. Nous découvrons aussi qui sont nos camarades de randonnée.. Paul a un peu mal à l'épaule mais il dit que c'est normal. On lui demande pourquoi. "Oh, j'ai eu un accident de voiture il y a quelques années, mais je l'avais un peu cherché. Je conduisais vitr à jeun en buvant de la bière d'une main, en mangeant des frites de l'autre, et en tenant le volant avec les genous dans une route en lacets."
Il est parti dans le décors, a fait une chute de 15m, a atterri sur le toit. Il a fallu faire appel à un camion ouvre boîte pour sortir le pauvre Paul, car sa camionette était toute pliée et les ouvertures étaient hors d'usage. L'assurance l'a bien dédommagé, sauf pour la rééducation que du coup il n'a pas faite. Et pour l'arbre qu'il a fallu scier pour récupérer sa voiture (150$).


Bill lui a beaucoup voyagé, en faisant des petits boulots pour vite repartir ailleurs. Il vit a Puerto Natales depuis 7ans, et son auberge est le boulot qu'il a gardé le plus longtemps dans sa vie.
Il a les dents du haut cassées, et en tant que dentiste, intriguée je lui demande pourquoi. Il me dit qu'en voiture avec un ami, il se goinfrait de caramels. Arrêtés à une station service, son ami lui lance quelque chose. Pensant que c'est un caramel, il l'attrape avec les dents. Sauf qu'il s'agissait d'une pièce pour que Bill appelle sa mère au téléphone !

Du coup, il me pose des questions sur son hygiène dentaire :
-"Hélène, sans rire, je me brosse les dents à tout casser une fois par semaine, et je n'ai que 2 plombages, tu crois que je devrais le faire plus souvent ? Parce qu'il y a des gens qui disent que ça les use parfois quand on le fait trop."
A 40 ans, je donne a Bill ses premiers conseils d'hygiène dentaire.

Les 2 frères ont grandit dans l'Oregon dans une ferme de cow boys et d'ici quelques années, ils souhaitent revendre leur hôtel pour acheter une ferme un peu plus au Nord le long de la Carretera australe.

Le 3e jour, Bill boit dans sa rivière préférée, mais il trouve que l'eau a un goût un peu "organique". Nous passons une super soirée ensemble à papoter autour du feu : RastaBill nous parle du temps où il voyageait en Afrique avec Todd, le mari de la cousine de Francis.

"Todd, c'est un peu mon héros contemporain. Ce mec a confiance en lui et du coup il réussit tout ce qu'il touche. Et à 40 ans, il a encore un corps de Brad Pitt ! En Afrique, il faisait des pompes en attendant le bus, sous le regard ébahi des gens. Puis il faisait 10 tractions pour Dieu. Et puis 10 pompes pour Bouddah !" "Whatever's best for me, Bill !"


La nuit, Bill est tombé franchement malade. Nous repartons donc à 3 pour la fin de la rando, en laissant à Bill les médicaments nécessaires.
Nous l'avons retrouvé dans le bus du retour vers Puerto Natales, un peu moins blanc mais affamé. Pour le remercier et le rassasier, on l'a invité dans un resto afro-chilien (Afrigonia), dont Paul nous avait parlé en nous mettant l'eau à la bouche après notre 4e jour de pâtes-sauce tomate.
Tout ne peut pas toujours être rose, et j' oublie dans le bus le sac de pique-nique qui contenait accessoirement notre réchaud de rando, nos gamelles, un sous-pantalon et un joli couteau (un Nontron !) auquel Francis tenait. Nous essayons de téléphoner pour retrouver ledit sac, mais sans succès. Nous rachetons donc des gamelles, et vogue la galère...

La suite (enfin !)

Nous rencontrons deux Francais, Marion et Yahel, tous les 2 très sympathiques. Ça fait plusieurs années qu'ils voyagent un peu partout, tout en travaillant sur Internet quelques heures par jour. Encore un soir où l'on avait déclaré "ce soir on se couche tôt, et demain matin on part de bonne heure". Encore raté. Cette phrase a de toutes les façons perdu toute crédibilité depuis longtemps.

Nous parlons avec eux toute la soirée de voyages et de beaucoup d'autres choses. Ils nous font entre autres rêver en nous racontant leur rencontre avec des lions de mer sur la plage de Surrat Bay à la pointe sud de la Nouvelle-Zelande. Il faut dire que Yahel les mime très bien...Le lendemain matin, nous mettons les voiles vers midi (comme souvent) et prenons la route du Sud.


Nous y rencontrons Mireille et Gilles, deux Francais à vélo. Gilles est un gros pédaleur puisque ça fait 10 ans qu'il visite le monde sur 2 roues en ne travaillant que quelques mois par an. Son secret : il coupe des sapins en Norvège 2 mois par an pour Noël, ce qui est apparement très bien payé. En plus de cela, il va avec ses collègues 3 fois par semaine faire ses courses dans les poubelles des super marchés. Apparement là bas c'est interdit, du coup personne ne le fait et ils y trouvent des merveilles. Ah bon...
C'est sûrement à mettre en parallèle avec ce que nous avons lu dernièrement : en Europe, un quart (!) de la nourriture produite part à la poubelle. Gilles nous apprend également qu'en France, les supermarchés mettent des grilles à leurs poubelles ou bien passent tout les produits à l'eau de javel avant de les jeter pour les rendre inconsommables.


Arrivés à Queenstown, nous prenons pour traverser le lac un authentique bateau à charbon, en service depuis 1912. Consommation : 1 tonne de charbon par heure. Ça veut dire que le bonhomme en face de la chaudière n'arrête pas de jouer de la pelle pour garder le monstre bien nourri. La salle des machines est impressionante. Nous attendent de l'autre côté du lac 100 km de pédalage sympa sur une route de gravier très peu fréquentée. Nous dormons sur une plage de sable fin au bord du lac Mavora et arrivons 2 jours plus tard a Te Anau, parfois aidés, parfois martyrisés par un vent à décorner les boeufs.


Petit détail étonnant, c'est à ce moment que pendant toute une journée nous avons eu un soleil orange qui donnait aux paysages une teinte dorée, genre coucher de soleil au milieu de l'après-midi. Nous avons appris plus tard que ce phénomène était dû aux grands feux de forêts australiens, qui bien qu'à plusieurs milliers de kilomètres, envoyaient tellement de particules dans l'air qu'elles coloraient la lumière jusqu'ici.


De là, nous abandonnons nos vélos pour aller faire un tour à Milford Sound, LE RDV à touristes de l'île. Et comme la route se prête peu au cyclisme, nous faisons du stop. Sous la pluie. Beaucoup de pluie. Dans la région, il tombe 8 mètres de pluie par an, et ça se sent tout de suite. La route est magnifique (surtout à l'abris dans une voiture...) , les cascades qui tombent des montagnes abruptes sont énormes et inombrables. Nous rencontrons le perroquet alpin de Nouvelle Zelande, le Kea. Vu sa tête, il avait dû oublier son Kway.


A Milford Sound, il fait un temps affreux, au point qu'on n'apercoit même pas les montagnes qui nous entourent. C'est malheureusement ça qu'il y a à voir. Nous déjeunons sur le seul mètre carré public sec de la zone : une station service désaffectée où les bataillons de sandflies ne tardent pas à nous repérer. Heureusement, les nuages se lèvent (un peu) et nous apercevons enfin Milford Sound, ses cascades, ses pics... Bon, on n'est pas venu pour rien. Nous cherchons donc à rentrer à Te Anau, mais nous avons mal calculé notre coup : il n'y a plus grand monde et les gens qui restent comptent tous passer la nuit ici. Au moment ou notre moral tombait au dessous du niveau de la flotte dans nos chaussures (1 cm ?), un couple d'Anglais se dirige vers leur voiture. Nous ne leur laissons aucune chance en attrapant l'oiseau au moment où il est le plus vulnérable : lorsqu'il ouvre ses ailes.

- Bonjour Monsieur du Corbeau
Que vous êtes joli, allez-vous à Te Anau ?
Sans mentir, si notre mouillage se ramène dans votre garage, vous êtes le phénix des hôtes de cet endroit.
A ces mots, l'Anglais n'a plus le choix. Il ouvre une large porte, nous laisse entrer fous de joie.


Ces Anglais sont forts sympathiques. Ils se plaignent bien sûr de la chute de la Livre comme tous les Anglais que nous croisons.. Sauf qu'après bientôt 6 mois passés au grand air et sur le vélo, j'ai un peu perdu l'habitude des voitures et je suis malade. Quand tout vert je leur demande de ralentir un peu, ils semblent ne pas comprendre pourquoi. Quand je leur dis qu'ils ont 10 secondes pour arrêter leur voiture avant la catastrophe, le message passe mieux... du coup, c'est le mari qui s'est fait engueuler de conduire trop vite par sa femme et qui a dû rouler jusqu'à Te Anau à 50km/h. Heureusement qu'ils étaient vraiment gentils.

Après cette dure journée, nous rentrons trempés au camping où nous decidons de prendre une chambre pour pouvoir faire sécher les affaires. Nous suspendons tout là où nous trouvons de la place et partons dîner dans la cuisine.

20 minutes plus tard, quelqu'un vient et nous tient ce discours quelque peu alarmiste :

- vous êtes chambre 39 ?
- oui
- elle est en feu.

Nous fonçons donc vers notre chambre où nous sommes acueillis par une sale odeur de fumée et un employé pas très content. Mon sac de couchage en duvet avait pris feu au contact d'une ampoule et il est foutu. Et puis il sent plutôt bizarre. Nous terminons donc cette dure journée d'une humeur maussade dans notre chambre qui sent le canard brûlé.


Le lendemain nous partons vers le sud dans l'espoir de voir les fameux lions de mer mimés par Yahel. Et puis quitte à traverser toute l'île sud depuis Picton, autant le faire jusqu'au bout. Et très vite il se met à faire très froid. Nous nous achetons donc des bonnets en poil de possum, une spécialité locale. Ces petites bêtes importées d'Australie sont si nombreuses en Nouvelle-Zelande (environ 50 millions paraît-il) que les Neozelandais ne savent plus quoi en faire. En pratique, ils les empoisonnent, en font des tartes et des bonnets. Il faut dire qu'elles ont le poil très doux et, comme les ours polaires, creux. Donc très chaud.


Nous arrivons ainsi coiffés à Curio Bay oú la chance nous sourit : nous y observons des pinguins aux yeux jaunes. Nous voyons les parents rentrer du boulot et nourir les petiots qui passent la journée sur le rivage. Plutôt cool.

Puis nous partons à la rencontre des lions de mer. Encore une fois la chance nous sourit et nous tombons à Surrat Bay sur une famille entière en train de bronzer sur la plage. Les bestioles sont assez impressionantes, entre 350 et 500kg pour les mâles et entre 150 et 250kg pour les dames. Nous restons donc à quelques bons mètres, surtout que malgre leur poids et leur absence de jambes dignes de ce nom, ces lions sont étonnement vifs. Occupations principales : dormir, bronzer et jouer à se bastonner. Nous observons même le petit bébé trognon en train de téter sa maman ! Bon, ca valait bien le coup de pédale jusque ici.

Et c'est à peu près là que pedalistiquement parlant, notre voyage en Nouvelle-Zelande s'est arrêté. Nous sommes à Balclutha, tout au sud de l'île du sud et notre avion part d'Auckland, au nord de l'île du nord. Si ça c'est pas de l'Organisation ?

Nous remontons donc jusqu'à Christchurch oú nous ne perdons pas notre temps. Nous rachetons un sac de couchage et nous faisons réparer notre réchaud Primus dont le tuyau s'était percé. Chapeau à Primus : sans facture, on nous a changé la pièce défectueuse gratuitement. Second tirage de chapeau, cette fois à Mountain Hard Wear. Nous n'étions pas du tout contents de l'étanchéité de notre tente tunnel Spear 2 GT. On nous l'a echangée contre un autre modèle (Skyledge 3) gratuitement aussi, alors que nous l'avions déjà utilisée pendant 6 mois.


Puis nous sommes passés à Wellington chez nos amis rencontrés en rando : la famille Bloomfield. Nous avons passé 2 jours chez eux, principalement à faire des batailles d'eau et des avions en papier avec les enfants. Mais le temps presse, nous remontons donc en bus jusqu'à Wai O Tapu, la fameuse réserve thermale. C'est de là que viennent les jolies photos de notre album.

Et nous voilà à Auckland, à attendre notre vol. Nous rencontrons à notre arrivée 2 Français pédaleurs, Thibaut et Matthieu. Petit détail rigolo, ceux-ci sont partis de France quasiment en même temps que nous, mais vers l'Ouest. Et nous nous rencontrons 6 mois plus tard à l'autre bout du monde, chacun ayant fait une moitié du chemin. Moins drôle par contre, il leur arrive le cauchemar de tout cyclotouriste, et de tout voyageur en général : leurs sacoches ont disparu lors de leur dernier vol. Ils doivent donc la mort dans l'âme racheter la moitié de leur matériel...

Puis le grand jour arrive, celui du départ vers le Chili. Après 3 mois passés en Australie et Nouvelle-Zelande, l'excitation de l'inconnu nous reprend. On demonte les vélos comme nous savons à présent si bien le faire, on emballe le tout et ... PATAGONIE NOUS VOICI !!!

Santiago


Nous avons debarqué en Amérique du Sud à Santiago. Comme nous avions 24h d'attente, nous avons décidé de laisser tous nos bagages à la consigne de l'aéroport et de passer la journée en ville.
Très vite, nous avons été confrontés au problème de la langue. L'espagnol n'est pas vraiment notre fort. Pourquoi avons nous appris l'allemand, mais pourquoi ?!! Et à chaque fois que nous essayons de dire quelques mots, ils sortent en italien.

Il nous faut un guide français-espagnol, et vite !

Mais pour trouver ce fichu guide, nous avons du nous débrouiller avec le langage des signes. Nous avons d'abord été orientés vers la poste centrale, puis vers l'office du tourisme. Là, ils parlaient anglais (un peu) donc on a pu trouver toutes les infos dont nous avions besoin : où manger, quoi visiter et où trouver une librairie. Nous avons fini par prendre le guide anglais-espagnol du Lonely Planet (il avait l'air pas mal mais a posteriori, il manque les bases de conjugaison et pas mal d'autres choses).


Puis nous avons pris le chemin du marché central pour déjeuner. A la carte, il y avait des huitres pas chères, mais nous avons pensé que c'était sanitairement risqué dans ce petit resto pas très clean. Nous avons donc commandé ce qu'on pensait être une salade de fruits de mer cuits. En réalité, ils sont arrivés crus dans notre assiette. Un peu apeurés et un peu ecoeurés par ces bestioles étranges, nous avons tout mangé (avec beaucoup d'oignons et de citron quand même). Et c'était bon ! Et nous ne sommes même pas tombés malades.

Puis nous avons pris le chemin du musée d'art précolombien. Et avons croisé un magasin d'électronique. Francis, qui s'intéresse depuis peu à l'énergie solaire et aux batteries au plomb, se précipite à l'intérieur du magasin. En effet, notre toute nouvelle batterie nous a été confisquée à l'aéroport d'Auckland. Nous ressortons avec une nouvelle batterie au plomb (beaucoup moins chère qu'en Nouvelle Zélande) de 500g, et la ferme intention de la faire passer en douce dans l'avion pour Punta Arenas.

Pour finir, le musée d'art précolombien est magnifique. C'est une collection privée, et les pièces sont toutes plus belles les unes que les autres. Il en ressort quand même que ces gens aimaient les substances psychodysleptiques : ils allaient jusqu'à se faire vomir avant pour en augmenter les effets. L'exposition temporaire sur les pêcheurs montrait que ceux-ci étaient très habiles, s'attaquant aux baleines sur des petits rafiots à rames en peau de phoque gonflée d'air.


Revenons au 3e millénaire, et dirigeons nous vers notre prochain avion. En route pour la Patagonie !

Patagonie chilienne : de Punta Arenas à Puerto Natales

Nous sommes arrivés sans embages à l'aéroport de Punta Arenas. Sortis de l'avion, nous avons mis tout notre bardas dans un minibus (prononcer "minibous"), et avons pris la direction du centre ville.


Installés dans une petite auberge (Il Conventillo), nous avons préparé notre périple chilien. Francis a remonté les vélos dehors, c'est a dire dans un vent et un froid glacial : bienvenue en Patagonie.
Moi, je suis allée faire les courses. Ici, on ne trouve pas de Weetabix, pas de miel, pas de Corned beef. Le rayon pain est très différent de ceux auxquels nous nous étions habitués en Australie et en Nouvelle-Zélande : il n'y a que 2 sortes de pain industriel, plein de pain blanc aux formes variées, et des énormes gâteaux pleins de crème. Il faut s'adapter. Nous avons demandé où était le white spirit, le vendeur nous a d'abord montré le rayon des boissons énergisantes (Red Bull...) puis celui des spiritueux en en cherchant un blanc, pour finir par celui des colles. Nous voulions nettoyer notre réchaud, il est resté encrassé.

En ce qui concerne la gastronomie locale, nous nous sommes vite rendu compte que le plat national est le "pollo con arroz", ou riz au poulet. Ça, ça se trouve partout, et tout le monde comprend. C'est pas vraiment gastronomique, mais c'est pas cher et ça se mange bien.
Voila maintenant une bonne adresse à Punta Arenas : la Luna, où le poisson est excellent, dans un cadre et une ambiance très sympas. Après le diner, nous nous promettons une fois de plus de nous coucher tôt, et de partir tôt le lendemain matin.

Mais le soir venu, nous discutons avec un jeune dentiste chilien moustachu (qui a été expédié à Provenir en Terre de feu parce que personne ne veut y aller) et avec un joueur de squash. Ce dernier a la peau blanche et les cheveux et la moustache blonds comme les blés. Nous lui demandons d'où il vient. - "du Chili. Je sais, c'est bizarre : mes parents sont chiliens, je suis 100% Chilien. J'ai juste un grand père d'origine espagnole." Ceci n'expliquant pas vraiment cela, nous l'avons rebaptisé "le fils illégitime du surfeur australien".


Le lendemain matin, Francis est malade. Nous partons tout de même vers midi à l'assaut de la Patagonie. Nos montures fraîchement graissées filent malgré le vent de face. Sur une piste, nous découvrons la faune locale : des nandus a foison (sortes d'autruches), nombre de gros oiseaux volants non identifiés (OVNI), des guanacos (le guanaco est une sorte de lama local et contrairement à ce dernier, il est sauvage) et d'autres gazelles au long cou.


Le 2e soir, nous plantons notre nouvelle tente sur le bord de la route, et c'est notre baptême du vent : la toile de la tente claque et fait tellement de bruit qu'il est difficile de dormir. Nous découvrons également que les duvets soit-disant confort -1* sont tout juste assez chauds quand il fait 3* dans la tente. Nous nous adaptons à cette nouvelle donne climatique.

Le lendemain, le vent forcit encore. A l'heure du déjeuner, il se met en plus à pleuvoir et nous ne trouvons pas d'abris. Il faut dire que le paysage ressemble a une vaste plaine occupée uniquement par des oiseaux et des moutons. Nous devons donc monter la tente pour dejeuner à l'abris.

Le soir, comme la journée a été dure, nous voulons dormir à l'abris dans une auberge. Pensant que "estancia" signifie ferme auberge, nous entrons dans une estancia à la recherche d'un maître d'hôtel. Nous faisons le tour des bâtiments et personne ne répond. Finalement, un vieux monsieur sort de sa maison et nous demande ce qu'on veut. Quelle question ?! -"dormir." Il nous montre une maison avec une grande salle de style salle des fêtes, mais manifestement sans douche ou WC. Puis une maison dont il n'a pas les clés : il essaye d'ouvrir la porte d'abord avec un bout de bois puis avec un fil de fer. Comme il n'y arrive pas, on lui dit que la salle des fêtes fera l'affaire, et on lui demande combien ça coûte. Et lui de répondre : "mais rien. C'est pas pour les touristes ici". En fait "estancia" signifie "ferme" et non "auberge" comme nous le pensions ! Nous nous sentons un peu genés d'avoir debarqué chez lui comme ça, mais ça n'a pas eu l'air de l'étonner. Il nous invite pour le petit dejeuner à boire du café et manger du pain et du jambon. Nous nous laissons faire et sommes bien contents de manger autre chose que de l'avoine bouillie, comme nous le faisons depuis 3 jours. Le fermier qui nous acceuille, Haro (71 ans) nous explique qu'il est en train de tondre ses moutons avec son fils. Ca leur prend 4 mois par an, tous les ans !


Heureusement que nous avons pris des forces, car un vent de folie nous attend. Les rafales peuvent atteindre 130km/h, dixit Haro. Il paraît qu'avec des vélos couchés, c'est plus facile. C'est possible car nous arrivons à pédaler à 6km/h en poussant comme des forcenés quand le vent est plein face, tandis que les vélos droits se font parfois arrêter dans les rafales. Chaque kilomètre nous paraît une épreuve. Nous profitons des abribus aux toits bleus (apparement très connus dans le monde des cyclotouristes) pour faire des pauses régulières en buvant du thé de la thermos que j'ai achetée à Punta Arenas pour 2400 pesos (4,5€). Dans un de ces abribus, situé au sommet d'une petite colline, le vent a cassé les fenêtres du côté nord.

Après 32 km pédalés face à ce vent furieux, nous faisons une petite pause goûter dans le seul hôtel du coin : nous mangeons un "bife a la pobre" (le steak du pauvre), c'est à dire un
steak, avec des oeufs dessus, des oignons frits et des frites. Revigorés, nous repartons sous la pluie.





Le soir, nous trouvons un petit coin dans les arbres, après plus de 100 km de plaine et de broussailles. La tente est bien protegée du vent et nous dormons comme des petits loirs.





Aujourd'hui, miracle : pas de vent ! Francis rentre juste d'un petit aller-retour pour récupérer le dérive chaîne qu'il avait laissé sur le bord de la route après avoir re-reglé ses freins, et nous repartons. Nous arrivons à Puerto Natales sous le soleil après une belle descente : ça fait du bien d'avoir une belle journée facile !